LA NOUVELLE STRATEGIE D’OBAMA POUR LE PAKISTAN ET L’AFGANISTAN

LA NOUVELLE STRATEGIE D’OBAMA POUR LE PAKISTAN ET L’AFGANISTAN
Par François Gautier, ancien correspondant du Figaro en Asie du sud, rédacteur en chef de la Nouvelle Revue de l’Inde (Editions l’Harmattan)
Comme le président Obama vient de l’affirmer, la nouvelle stratégie des États-Unis pour l’Afghanistan et le Pakistan « ciblera le démantèlement des réseaux terroristes et emploiera à cette fin un vaste éventail de moyens, allant de l’amélioration des capacités des forces de sécurité régionales à une nouvelle attention portée à la diplomatie, au développement et à la coopération internationale ».
Mais est-ce vraiment une nouvelle stratégie ? Ses prédécesseurs, de Reagan à Bush, en passant par Clinton, se sont tous appuyés sur le Pakistan et l’Afghanistan pour combattre les Soviétiques dans un premier temps, puis pour neutraliser les Talibans et Al Qaida aujourd’hui. « Nous devons nous assurer que ni l’Afghanistan ni le Pakistan ne servent d’abris sûrs à Al-Qaïda », a justement dit M. Obama le 29 mars. Le président a qualifié le nouveau plan de « stratégie d’ensemble qui compte non seulement sur des fusils et des bombes, mais aussi sur des agronomes, des médecins et des ingénieurs pour aider à créer un climat dans lequel les gens reconnaissent qu’ils ont plus à gagner en devenant nos partenaires et ceux de la communauté internationale qu’en adhérant à certaines de ces idéologies extrémistes ». Pour ce faire, M. Obama souhaite une présence civile plus vaste en Afghanistan et a demandé au congrès américain d’adopter une proposition de loi autorisant une aide directe au Pakistan de 7,5 milliards de dollars sur 5 ans. Ces fonds serviraient à construire des écoles, des routes et des hôpitaux de même qu’à renforcer la démocratie pakistanaise. Rappelons qu’entre 1952 and 2008, Islamabad a reçu plus de 73 milliards de $ en aide étrangère, selon le Pakistan’s Economic Survey. Mais depuis les attentats de Mumbai de novembre dernier la somme totale reçue par le Pakistan est de 23.3 milliards de $ ! Ceci n’inclue pas l’aide chinoise dont one ne connaît pas le montant exact.

Les intentions sont louables. Mais le gouvernement indien n’est pas convaincu : « Depuis Ronald Reagan, une grande partie des armes données par les Américains aux Pakistanais se sont retournées contre nous au Cachemire, puis plus tard ont servi à commettre des attentats en Inde, dont ceux de Mumbai de novembre dernier », commente un officiel indien qui préfère garder l’anonymat. Pourtant le gouvernement indien sait que ce nouveau plan en Asie du sud résulte de consultations étroites pendant plusieurs mois du gouvernement américain avec des responsables afghans et pakistanais ainsi qu’avec les alliés des États-Unis au sein de la Force internationale d’assistance à la sécurité à laquelle participent 41 pays en Afghanistan sous le commandement de l’OTAN.
New Delhi a également noté que M. Obama avait déjà ordonné le déploiement en renfort de 17.000 soldats et marines pour appuyer la mission de maintien de la paix sous mandat onusien à l’approche des élections afghanes prévues pour août. Le nouveau plan des États-Unis préconise l’envoi de 4.000 soldats supplémentaires, dont la tâche sera de renforcer les progrès accomplis dans la formation des forces de sécurité afghanes afin qu’elles puissent protéger leur pays. Ceci ne gêne en aucune manière New Delhi, qui souhaite également « renforcer la démocratie en Afghanistan », mais le gouvernement indien s’inquiète de l’aide financière et des armes qui vont être fournies à Islamabad par M. Obama.
« Un élément central de notre stratégie est de fournir de l’entraînement à l’armée nationale afghane pour qu’elle puisse jouer un rôle capital et c’est l’une des quelques réussites dont nous avons été témoins au cours des dernières années. En effet, l’armée nationale afghane a beaucoup de crédibilité. Ses soldats sont des combattants efficaces. Nous devons renforcer cela», a précisé M. Obama. «. » Ceci laisse crédule de nombreux observateurs indiens : « Dès que les Américains s’en iront, l’Afghanistan, pour qui se battre est un passe-temps national, retombera dans l’anarchie – et c’est nous voisins indiens qui en souffriront, s’exclame Sabeer Narendra un journaliste de Delhi.
Le plan d’Obama met également en lumière la nécessité d’appuyer le Pakistan dans sa lutte contre les extrémistes, un point ponctué par l’attentat suicide contre une mosquée qui a fait plus de 50 morts, le 27 mars, dans le nord-ouest du pays, et par une attaque terroriste contre une école de police de Lahore, le 30 mars. Mais les Indiens font valoir que non seulement les Pakistanais s’entretuent, mais que depuis vingt ans ils exportent le terrorisme : « tous les grands attentats islamiques, que ce soient ceux de Bombay ou de New York, ont chacun une connexion pakistanaise », souligne Narendra.
« L’un des points de plus en plus préoccupants de ces dernières années est la notion, je pense, chez le Pakistanais ordinaire qu’il s’agit d’une façon ou d’une autre d’une guerre qui concerne les États-Unis mais ne le concerne pas », a indiqué M. Obama. « Cette attitude, je pense, a entraîné au Pakistan une recrudescence graduelle de l’extrémisme qui constitue la menace la plus importante contre la stabilité de son gouvernement, et en fin de compte, la menace la plus importante contre le peuple pakistanais. » Les Indiens ont une opinion bien différente : « l’attitude des gouvernements pakistanais successifs depuis le général Zia, a toujours été ambivalente, car d’une main ils prétendent soutenir la lutte contre le terrorisme et de l’autre ils accordent licence aux services secrets de l’armée pakistanaise (ISI) d’armer de financer et d’entraîner certains groupes islamistes tels le Lashkar-e-Taiba ».
« Ce que nous voulons faire, c’est dire au peuple pakistanais : vous êtes nos amis. Vous êtes nos alliés. Nous allons vous donner les outils nécessaires pour vaincre Al-Qaïda et éliminer les zones de refuge des extrémistes. Mais nous nous attendons aussi à une certaine responsabilité de votre part, et à ce que vous deveniez conscients de la gravité et de la nature de cette menace », a plaidé Obama.
« Bush a tenu le même discours au Pakistan après les attentats du World Trade Center, sourit Narendra. Mais on ne combat pas le terrorisme en soutenant une des fontaines principales du terrorisme . M. Obama est un homme éclairé, mais il succombe, comme de nombreux leaders occidentaux, au chantage nucléaire du Pakistan, qui menace toujours d’utiliser ses armes atomiques contre l’Inde. C’est pourquoi même le président français Nicolas Sarkozy pousse l’Inde et le Pakistan à la négociation et éventuellement à un accord sur le Cachemire, qui verrait l’Inde faire de nombreuses concessions. Mais comment, conclue-t-il, ces deux présidents ne peuvent-ils pas voir que contrairement au Pakistan, petit pays islamiste toujours au bord de l’implosion, l’Inde, une nation démocratique, libérale, pro-occidentale, est leur meilleur allié dans la guerre contre le terrorisme ? »

fgautier26@gmail.com
francoisgautier.com

A Lire : Un Autre Regard sur l’Inde (Editions du Tricorne, 1999), François Gautier.
La Caravane intérieure, par François Gautier (Les Belles Lettres, 2005)
Les Français en Inde (France Loisirs, 2008), par le même auteur.

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One response to “LA NOUVELLE STRATEGIE D’OBAMA POUR LE PAKISTAN ET L’AFGANISTAN

  1. Open discussion on CNNe:

    “The suspect in the Times Square bombing attempt was caught as he was seeking to flee to Pakistan, a nation that analyst Fareed Zakaria calls the “epicenter of Islamic terrorism.”

    “It’s worth noting that even the terrorism that’s often attributed to the war in Afghanistan tends to come out of Pakistan, to be planned by Pakistanis, to be funded from Pakistan or in some other way to be traced to Pakistan,” said Zakaria. He added that Pakistan’s connection with terrorist groups goes back decades and has often been encouraged by that nation’s military for strategic reasons….
    So what’s the reason for thinking the military supports militant groups?

    Zakaria: It still holds within it the view that at the end of the day, the United States will leave the region and that they will have to live in a neighborhood which will have a very powerful India and an Afghanistan that is potentially a client state of India’s — and that in order to combat this Indian domination, they need to maintain their asymmetrical capabilities, their militant groups.

    It is interesting to note that Ahmed Rashid, who may be the most respected Pakistani journalist, has reported on the way in which Pakistani government has thwarted and put obstacles in the way of any kind of talks between the Afghan government and the Taliban.

    The message it has sent to the Afghan government is very clear. If you want to have any negotiations with the Taliban, you have to understand that since we are the critical intermediary — since the Taliban leadership all lives in Pakistan — the Pakistani military’s terms to the Afghan government are, we want you to push back on Indian influence in Afghanistan, we want you to shut down Indian consulates in various Afghan cities.

    In other words, the Pakistani government is still obsessed with the idea of an Indian domination of the region, and they’re using their influence with the Taliban to try to counter Indian influence. This is the old game that the Pakistanis have played.

    That’s what makes me skeptical that there’s been a true strategic revolution in Pakistan… There are still people who believe that there are good terrorists and bad terrorists, and some you can work with to further Pakistan’s goals….”
    http://www.cnn.com/2010/OPINION/05/05/zakaria.pakistan.terror/index.html

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