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LETTRE DE FRANCOIS GAUTIER ADRESSEE A TOUS CEUX QUI L’ACCUSENT D’ÊTRE UN FACHISTE

Le fascisme c’est d’accuser l’autre sans prendre la peine de faire passer ces accusations par le test de la logique et de la raison…

Le fascisme c’est de refuser le dialogue, comme le font tous les indianistes du CNRS et de l’EHESS quand on leur tend la main, dialogue qui peut prendre place devant témoins sous forme de débat…

Le fascisme c’est de traiter de fasciste quelqu’un qui vit depuis 40 ans en Inde, est marié depuis 20 ans à une Indienne, dont les meilleurs copains sont des Indiens appartenant à toutes les religions. Quelqu’un qui dans sa vie privée n’est ni raciste, ni haineux, ni méchant…

Le fascisme c’est d’être assis sur son pesant derrière à Paris (ou dans cette grosse bulle qu’est Delhi) et de disséquer l’Inde à partir de préjugés, de faux théorèmes, en se basant sur le politiquement correct, qui n’est que du reçu de son éducation, son atavisme et ce qu’on lit (cela s’appelle  de la connaissance de deuxième main)….

Le fascisme c’est d’accuser de fascisme quelqu’un qui a couvert le Cachemire pendant 15 ans, au moment des troubles les plus graves, qui a parcouru de long en large le Pakistan, le Bangladesh, l’Afghanistan, qui a sillonné l’Inde comme aucun autre journaliste français… Même s’il se trompe – au moins il parle d’expérience – et peut-être le temps lui donnera raison…

Tout ce que j’ai fait, lorsque je travaillais pour le Figaro, c’est de dire qu’il existait un problème avec l’islam en Asie du sud, à un moment où il n’était pas politiquement correct de le dire. J’ai aussi rédigé une série d’articles sur les grandes religions en Inde, qui ont provoqué l’ire des indianistes. Ceux-ci ont écrit au Figaro un impressionnant nombre de lettres de protestation, demandant des droits de réponse et ma démission. De ce jour là, j’ai été marqué et une campagne de diffamation à tous les niveaux a été initiée contre moi.

Quand on est accusé d’être antimusulman, c’est pire que d’être un pestiféré, on est condamné sans jugement, sans que les accusateurs s’objectivent une seconde. S’ils le faisaient, ils réaliseraient que c’est une ironie terrible: on excuse les attentats suicide en Israël ou à Bombay qui tuent des centaines d’innocents, au nom de la ‘persécution’ des Palestiniens, des Tchéchènes ou des Kashmiris; mais on accuse des pires crimes quelqu’un qui n’a jamais assassiné personne, ni même prôné la haine, mais a simplement écrit ce qu’il a constaté de ses yeux, en vingt ans de reportages.

Tout au long de ma carrière, j’ai souffert de cette étiquette qui ne s’explique pas mais est véhiculée de personne en personne et fait rapidement le tour de tout ce qui touche à l’Inde, que ce soit les agences de voyage, les expatriés, les diplomates ou les journalistes : « c’est un antimusulman, un pro-hindou, un fasciste »… Les gens, même les plus éclairés, ne veulent écouter que le politiquement correct, l’idéologie de masse, ils ne veulent jamais entendre la différence. J’ai connu six ambassadeurs de France, mais jamais m’a-t-on invité pour me demander mon avis sur un sujet ou un autre. Je me suis même dernièrement fait jeter par l’ambassadeur actuel, Jérôme Bonnafont, qui m’a traité de… fasciste… parce que je lui ai fait remarquer que c’est après que 59 hindous innocents, dont 36 femmes et enfants, aient été brûlés dans un train par une meute de musulmans, que les émeutes antimusulmanes du Gujarat ont démarré. Pourtant Jérôme Bonnafont ne fait pas lui-même exactement dans le politiquement correct: il est le premier ambasadeur étranger à Delhi ouvertement gay, ce qui fait jaser le tout Delhi francophone.

C’est cette arrogance bien française, qui ne s’explique pas au pays des cartésiens, de traiter de secte tout ce qui a une couleur hindoue, ou de fascistes ceux avec qui on est en désaccord, sans leur accorder la chance de s’expliquer et sans même s’expliquer à soi-même la logique de ses accusations. Le président Sarkozy, qui a montré qu’il savait être différent, devrait constituer un petit comité de Français qui VIVENT l’inde du dedans, pour le conseiller.

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LA NOUVELLE STRATEGIE D’OBAMA POUR LE PAKISTAN ET L’AFGANISTAN

LA NOUVELLE STRATEGIE D’OBAMA POUR LE PAKISTAN ET L’AFGANISTAN
Par François Gautier, ancien correspondant du Figaro en Asie du sud, rédacteur en chef de la Nouvelle Revue de l’Inde (Editions l’Harmattan)
Comme le président Obama vient de l’affirmer, la nouvelle stratégie des États-Unis pour l’Afghanistan et le Pakistan « ciblera le démantèlement des réseaux terroristes et emploiera à cette fin un vaste éventail de moyens, allant de l’amélioration des capacités des forces de sécurité régionales à une nouvelle attention portée à la diplomatie, au développement et à la coopération internationale ».
Mais est-ce vraiment une nouvelle stratégie ? Ses prédécesseurs, de Reagan à Bush, en passant par Clinton, se sont tous appuyés sur le Pakistan et l’Afghanistan pour combattre les Soviétiques dans un premier temps, puis pour neutraliser les Talibans et Al Qaida aujourd’hui. « Nous devons nous assurer que ni l’Afghanistan ni le Pakistan ne servent d’abris sûrs à Al-Qaïda », a justement dit M. Obama le 29 mars. Le président a qualifié le nouveau plan de « stratégie d’ensemble qui compte non seulement sur des fusils et des bombes, mais aussi sur des agronomes, des médecins et des ingénieurs pour aider à créer un climat dans lequel les gens reconnaissent qu’ils ont plus à gagner en devenant nos partenaires et ceux de la communauté internationale qu’en adhérant à certaines de ces idéologies extrémistes ». Pour ce faire, M. Obama souhaite une présence civile plus vaste en Afghanistan et a demandé au congrès américain d’adopter une proposition de loi autorisant une aide directe au Pakistan de 7,5 milliards de dollars sur 5 ans. Ces fonds serviraient à construire des écoles, des routes et des hôpitaux de même qu’à renforcer la démocratie pakistanaise. Rappelons qu’entre 1952 and 2008, Islamabad a reçu plus de 73 milliards de $ en aide étrangère, selon le Pakistan’s Economic Survey. Mais depuis les attentats de Mumbai de novembre dernier la somme totale reçue par le Pakistan est de 23.3 milliards de $ ! Ceci n’inclue pas l’aide chinoise dont one ne connaît pas le montant exact.

Les intentions sont louables. Mais le gouvernement indien n’est pas convaincu : « Depuis Ronald Reagan, une grande partie des armes données par les Américains aux Pakistanais se sont retournées contre nous au Cachemire, puis plus tard ont servi à commettre des attentats en Inde, dont ceux de Mumbai de novembre dernier », commente un officiel indien qui préfère garder l’anonymat. Pourtant le gouvernement indien sait que ce nouveau plan en Asie du sud résulte de consultations étroites pendant plusieurs mois du gouvernement américain avec des responsables afghans et pakistanais ainsi qu’avec les alliés des États-Unis au sein de la Force internationale d’assistance à la sécurité à laquelle participent 41 pays en Afghanistan sous le commandement de l’OTAN.
New Delhi a également noté que M. Obama avait déjà ordonné le déploiement en renfort de 17.000 soldats et marines pour appuyer la mission de maintien de la paix sous mandat onusien à l’approche des élections afghanes prévues pour août. Le nouveau plan des États-Unis préconise l’envoi de 4.000 soldats supplémentaires, dont la tâche sera de renforcer les progrès accomplis dans la formation des forces de sécurité afghanes afin qu’elles puissent protéger leur pays. Ceci ne gêne en aucune manière New Delhi, qui souhaite également « renforcer la démocratie en Afghanistan », mais le gouvernement indien s’inquiète de l’aide financière et des armes qui vont être fournies à Islamabad par M. Obama.
« Un élément central de notre stratégie est de fournir de l’entraînement à l’armée nationale afghane pour qu’elle puisse jouer un rôle capital et c’est l’une des quelques réussites dont nous avons été témoins au cours des dernières années. En effet, l’armée nationale afghane a beaucoup de crédibilité. Ses soldats sont des combattants efficaces. Nous devons renforcer cela», a précisé M. Obama. «. » Ceci laisse crédule de nombreux observateurs indiens : « Dès que les Américains s’en iront, l’Afghanistan, pour qui se battre est un passe-temps national, retombera dans l’anarchie – et c’est nous voisins indiens qui en souffriront, s’exclame Sabeer Narendra un journaliste de Delhi.
Le plan d’Obama met également en lumière la nécessité d’appuyer le Pakistan dans sa lutte contre les extrémistes, un point ponctué par l’attentat suicide contre une mosquée qui a fait plus de 50 morts, le 27 mars, dans le nord-ouest du pays, et par une attaque terroriste contre une école de police de Lahore, le 30 mars. Mais les Indiens font valoir que non seulement les Pakistanais s’entretuent, mais que depuis vingt ans ils exportent le terrorisme : « tous les grands attentats islamiques, que ce soient ceux de Bombay ou de New York, ont chacun une connexion pakistanaise », souligne Narendra.
« L’un des points de plus en plus préoccupants de ces dernières années est la notion, je pense, chez le Pakistanais ordinaire qu’il s’agit d’une façon ou d’une autre d’une guerre qui concerne les États-Unis mais ne le concerne pas », a indiqué M. Obama. « Cette attitude, je pense, a entraîné au Pakistan une recrudescence graduelle de l’extrémisme qui constitue la menace la plus importante contre la stabilité de son gouvernement, et en fin de compte, la menace la plus importante contre le peuple pakistanais. » Les Indiens ont une opinion bien différente : « l’attitude des gouvernements pakistanais successifs depuis le général Zia, a toujours été ambivalente, car d’une main ils prétendent soutenir la lutte contre le terrorisme et de l’autre ils accordent licence aux services secrets de l’armée pakistanaise (ISI) d’armer de financer et d’entraîner certains groupes islamistes tels le Lashkar-e-Taiba ».
« Ce que nous voulons faire, c’est dire au peuple pakistanais : vous êtes nos amis. Vous êtes nos alliés. Nous allons vous donner les outils nécessaires pour vaincre Al-Qaïda et éliminer les zones de refuge des extrémistes. Mais nous nous attendons aussi à une certaine responsabilité de votre part, et à ce que vous deveniez conscients de la gravité et de la nature de cette menace », a plaidé Obama.
« Bush a tenu le même discours au Pakistan après les attentats du World Trade Center, sourit Narendra. Mais on ne combat pas le terrorisme en soutenant une des fontaines principales du terrorisme . M. Obama est un homme éclairé, mais il succombe, comme de nombreux leaders occidentaux, au chantage nucléaire du Pakistan, qui menace toujours d’utiliser ses armes atomiques contre l’Inde. C’est pourquoi même le président français Nicolas Sarkozy pousse l’Inde et le Pakistan à la négociation et éventuellement à un accord sur le Cachemire, qui verrait l’Inde faire de nombreuses concessions. Mais comment, conclue-t-il, ces deux présidents ne peuvent-ils pas voir que contrairement au Pakistan, petit pays islamiste toujours au bord de l’implosion, l’Inde, une nation démocratique, libérale, pro-occidentale, est leur meilleur allié dans la guerre contre le terrorisme ? »

fgautier26@gmail.com
francoisgautier.com

A Lire : Un Autre Regard sur l’Inde (Editions du Tricorne, 1999), François Gautier.
La Caravane intérieure, par François Gautier (Les Belles Lettres, 2005)
Les Français en Inde (France Loisirs, 2008), par le même auteur.

LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT SARKOZY

LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT SARKOZY

Translated from Original French article http://www.francoisgautier.fr (google translate)

New Delhi, March 3 2009

Mr. President,

The bombings in Lahore team against Sri Lankan cricket has only emphasized the explosive instability of Pakistan. They also call into question once again, the French foreign policy in South Asia, which constantly tries to equate Pakistan, a small country on the brink of bankruptcy, which could be eaten at any time by Islamic fundamentalism the hardest, and India a great nation democratic, liberal, pro-Western, which is likely to supplant China as a superpower in Asia (and world) during this century.

It seems to us, Mr. President that you are badly advised by those same people that the state pays to tell us about India. I refer, of course, researchers in South Asia of CNRS, and its affiliates, such as EHESS. These are the researchers, often “Islam” rather than the Indians (ie they are specialists in the Mughal period), which, for example, are taxed at the outset the party of the Bharatiya Janata Party ” fascists “, or at best of” Hindu nationalists “. Can be done most glaring contradiction? Hinduism has shown throughout its history a remarkable tolerance to the Christians of Syria, Arab merchants, the Parsees of Zoroaster, the Jews of Jerusalem, persecuted at home, to settle in India and ‘practice their religion freely. This is a very French arrogance that also apply to India, a country totally different from ours, criteria such as the separation of State and the Church, which are only valid at home. Not only because Hinduism has never tried to meddle in government, but there are still 800 million Hindus in India (and a billion by the world).

And even if our Indian tolerate the diversity of views. But no, there is intellectual terrorism: the slightest deviation from other colleagues of the “politically correct” about India, we reply with force applications Rights Response outraged letters to the editor, or even by not switching very ethical aimed to muzzle the impertinent. The result is that they still hold the monopoly of the Indian English, because each time a newspaper or magazine wants to comment on India’s remote and forbidding par excellence, we turn to CNRS or its affiliates … always hear the same sound of a bell.

In terms of French foreign policy towards India, one can also notice the negative effects of Indian thought: your diplomatic adviser, Jean-David Levitte, during his recent visit to Delhi, a ‘suggested’ the Government India to resume the composite dialogue on the Kashmir issue, while India had to suffer the terrible Islamist attacks in Mumbai.

This has not rained in New Delhi. And with some reason: Kashmir has always been part of Indian nationhood, it is the birthplace of Saivism and the philosophy of Advaita. The fact that part of the valley of Kashmir (the Ladhak are Buddhist and the region of Hindu-majority Jammu) was suddenly converted to Islam in the 16th century does not change anything. Today, 400,000 Hindus were driven out by the terror of their ancestral lands in the valley of Kashmir, and some still live in refugee camps in Jammu or Delhi, probably the largest ethnic cleansing of our era.

So why should we Acharnon us to sell arms to Pakistan and we neglect in India, a continent of freedom and democracy in Asia suffering from Islamic fundamentalism and the attempt to Chinese hegemony? It is true that at present it is much easier to do business in China and India, as there is there will a centralized autocratic means to achieve its ambitions, whether to impose birth control or to draw highways expropriating smallholders (India sometimes it takes seven years of litigation). Yet not only India, “the other” Asian giant has managed to preserve its democratic frame from 60 years, but it offers good working conditions than the Chinese giant: India has such a legal system that protects contracts (which is not the case in China), English is spoken throughout the country, (ditto) and the lid of the pot was removed long ago. So since Independence, all separatism, rebellion, too, have bubbled to the surface, without affecting the democratic fabric of this country, if evidence is to the future stability of India, which will ensure security and profitability foreign investment. Also, like the West Indians and accept the diversity of ‘the Other’, unlike the Chinese.

Everyone expects miracles from Obama. But I do not think its foreign policy in South Asia is no different than Bush. Americans continue to stubbornly believe that supporting democracy in Pakistan, they will be able to contain terrorism, but it is a big mistake, as the attacks against the Sri Lankans come to prove it.

You, Mr. Sarkozy, have shown that you knew to go beyond the conventions and beaten. If you want France to resume its place in India and does not – once again – tamp the pawn by the Americans, who are using India to counter China, the recognition in New Delhi its suzerainty over Kashmir strike a blow: we all win Indian hearts, all we could in India. It also would restore some parity between the two giants of Asia, a dictatorship, with a ‘black karma (from the one million Tibetans occis since 1959, Chinese leaders eliminate two million of them), and l other democratic, with a ‘good’ karma (Indian, throughout their history have never invaded another country militarily). Perhaps then, the great dream of Dupleix is it going to happen.

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Read: Un Autre Regard sur l’Inde (Tricorne Publishing, 1999), François Gautier.

Caravan interior by Francois Gautier (Les Belles Lettres, 2005)

LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT SARKOZY

De François Gautier, ancien correspondant du Figaro en Asie du sud, rédacteur en chef de la Revue de l’Inde (lesbelleslettres.com)

New Delhi, le 3 mars 2009

Monsieur le Président,

Les attentats de Lahore contre l’équipe de cricket sri-lankaise n’ont fait que souligner l’instabilité explosive du Pakistan. Ils remettent également en question, une fois de plus, la politique extérieure française en Asie du sud, qui tente constamment de mettre sur le même pied le Pakistan, petit pays au bord de la banqueroute, qui risque d’être dévoré à tout moment par le fondamentalisme islamique le plus dur, et l’Inde grande nation démocratique, libérale, pro-occidentale, qui va sans doute supplanter la Chine en tant que super puissance asiatique (et mondiale) au cours de ce siècle.

Il nous semble, Monsieur le Président que vous êtes mal conseillé par ces gens même que l’état paye pour nous informer sur l’Inde. Je parle bien sûr des chercheurs d’Asie du sud du CNRS, ainsi que par ses affiliés, tel l’EHESS. Ce sont ces chercheurs, fréquemment des ”islamisants” plutôt que des indianistes (c’est à dire qu’ils sont des spécialistes de la période moghole), qui, par exemple, ont dès le début taxé le parti du Bharatiya Janata Party de “fascistes”, ou au mieux de “nationalistes hindous”. Peut-on faire contresens plus flagrant ? L’hindouisme a fait preuve tout au long de son histoire d’une remarquable tolérance, permettant aux chrétiens de Syrie, aux marchands arabes, aux parsis de Zoroastre, aux juifs de Jérusalem, persécutés chez eux, de s’établir en Inde et d’y pratiquer leur religion en toute liberté. Voilà une arrogance également bien française que d’appliquer à l’Inde, pays totalement différent du nôtre, des critères, telle la séparation de l’Etat et de l’Eglise, qui ne sont valables que chez nous. Car non seulement l’hindouisme n’a jamais cherché à se mêler de gouvernement, mais il y a tout de même 800 millions d’hindous en Inde (et un milliard de par le monde).

Et si encore nos indianistes toléraient la diversité de point de vue. Mais non, il y a terrorisme intellectuel : à la moindre déviation par d’autres confrères du “politiquement correct” sur l’Inde, on réplique avec force demandes de Droits de Réponse, lettres outrées au rédacteur en chef, ou même par des manœuvres pas très éthiques qui visent à museler l’impertinent. Le résultat, c’est qu’ils détiennent toujours le monopole de l’Indianisme français, car à chaque fois qu’un journal, ou une revue veut un commentaire sur l’Inde, pays lointain et rébarbatif par excellence, on se tourne vers le CNRS ou ses affiliés… pour toujours entendre le même son de cloche.

En matière de politique étrangère française vis à vis de l’Inde, on peut là aussi remarquer les effets néfastes de la pensée indianiste: votre conseiller diplomatique, Jean-David Levitte, lors de sa récente visite à Delhi, a ‘suggéré’ au gouvernement indien qu’il reprenne son dialogue composite sur la question du Cachemire, alors même que l’Inde venait de subir les terribles attentats islamistes de Mumbai.

Ceci n’a pas plu à New Delhi. Et avec quelque raison : le Cachemire a toujours fait partie de la nation indienne, c’est même le berceau du shivaïsme et de la philosophie de l’Advaita. Le fait qu’une partie de la vallée du Cachemire (le Ladhak est bouddhiste et la région de Jammu à majorité hindoue) ait été brutalement convertie à l’islam au 16ème siècle n’y change rien. Aujourd’hui, 400.000 hindous ont été chassés par la terreur de leurs terres ancestrales de la vallée du Cachemire, et certains vivent encore dans des camps de réfugiés à Delhi ou Jammu, sans doute le plus grand nettoyage ethnique de notre ère.

Alors pourquoi donc nous acharnons-nous à vendre des armes au Pakistan et négligeons-nous l’Inde, continent de liberté et de démocratie dans une Asie en proie au fondamentalisme islamique et à la tentative d’hégémonie chinoise ? Il est vrai qu’à l’heure actuelle il est beaucoup plus facile de faire des affaires en Chine qu’en Inde, car il existe là-bas une volonté centralisée qui a les moyens autocratiques de réaliser ses ambitions, que ce soit pour imposer le contrôle des naissances ou pour tracer des autoroutes en expropriant les petits propriétaires (en Inde cela prend quelquefois sept ans de litiges).Pourtant non seulement l’Inde, “l’autre” géant d’Asie a su préserver sa trame démocratique depuis 60 ans, mais en plus, il offre des conditions de travail bien supérieures à celles du géant chinois: l’Inde possède par exemple un système juridique qui protège les contrats (ce qui n’est pas le cas en Chine), l’Anglais est parlé dans tout le pays, (idem) et le couvercle de la marmite a été enlevé depuis longtemps. Ainsi depuis l’Indépendance, tous les séparatismes, révoltes, excès, ont déjà bouillonné à la surface, sans affecter la trame démocratique de ce pays, preuve s’il en est de la stabilité future de l’Inde, qui assurera sécurité et rentabilité aux investissements étrangers. Ajoutons que les Indiens aiment l’Occident et qu’ils acceptent la diversité de ‘l’Autre’, contrairement aux Chinois.

Tout le monde attend des miracles d’Obama. Mais je ne pense que sa politique étrangère en Asie du sud sera pas différente de celle de Bush. Les Américains continuent obstinément à croire qu’en soutenant la démocratie au Pakistan, ils pourront mieux contenir le terrorisme, mais c’est une grossière erreur, comme les attentats contre les Sri Lankais viennent de le prouver.

Vous, M. Sarkozy, avez montré que vous saviez aller au-delà des conventions et des sentiers battus. Si vous voulez que la France reprenne sa place en Inde, et ne se fasse pas – une fois de plus – damer le pion par les Américains, qui sont en train d’utiliser l’Inde pour contrecarrer la Chine, la reconnaissance à New Delhi de sa suzeraineté sur le Cachemire frapperait un grand coup : nous nous gagnerions tous les cœurs indiens, tout nous serait possible en Inde. Elle rétablirait également une certaine parité entre les deux géants de l’Asie, l’un dictatorial, avec un ‘karma noir’ (à part le million de Tibétains occis depuis 1959, les dirigeants chinois ont éliminé deux millions des leurs) ; et l’autre démocratique, doté d’un ‘bon’ karma (les Indiens, durant toute leur histoire n’ont jamais envahi militairement un autre pays). Peut-être alors, le grand rêve de Dupleix serait-il en passe de se réaliser.

fgautier26@gmail.com

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A Lire : Un Autre Regard sur l’Inde (Editions du Tricorne, 1999), François Gautier.

La Caravane intérieure, par François Gautier (Les Belles Lettres, 2005)